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Ecouter Radio Libertaire sur le net

La voix sans maître !

Le mercredi 7 juin 2006

Chanarchie

- Ecouter Radio Libertaire sur le net

- Historique

Radio libertaire ne se raconte pas... et ne se la raconte pas !

C’est le congrès de la Fédération anarchiste qui, en mai 1981, signa l’acte de naissance de Radio libertaire. Après de longs et contradictoires débats, ce congrès acceptait, à l’unanimité, l’idée du lancement d’une radio qui soit l’organe de la FA. Cette radio n’avait alors pas encore de nom, pas d’indicatif, pas vraiment un projet, pas d’animateurs, et pour son lancement un budget de (vous lisez bien)... 15 000 FF ! Pas un congressiste, à cet instant, n’aurait pu prédire la suite des événements, si ce n’est qu’à la rentrée, l’anarchie serait serait à nouveau sur les ondes. Comme en 1921, lorsque les insurgés de Kronstadt lancèrent des messages radio ; comme en 1936, en Espagne, avec Radio CNT-FAI, ou encore lors de la participation d’anarchistes au mouvement des radios libres, en France à la fin des années 70, avec notamment Radio-Trottoir (à Toulon) et Radio-Alarme, dont les animateurs étaient des membres de la Fédération anarchiste.

C’est le 1er septembre 1981, à 18 h [1], dans une cave humide de la butte Montmartre que l’aventure radiophonique commença. Et de façon fort rudimentaire, dans des conditions défiant les lois de la radio : un studio de 12 m2, avec un bric-à-brac de matériel de récupération, une mini-équipe de six personnes. Premiers appels d’auditeurs, premières cartes d’auditeurs... et premiers brouillages ! Pendant ce temps, nombre d’ex-pionniers de la radio libre installaient des studios très performants pour se lancer à la conquête du futur gâteau que représentait la bande FM. L’esprit des radios libres commençait déjà à agoniser, victime de l’appétit financier de certains responsables d’ex-radios pirates.

Les socialistes mettaient, en août 1983, une terme à « l’anarchie des ondes » en saisissant de nombreux émetteurs, dont celui de Radio libertaire. Le 28 août, à 5 h 40, les CRS se présentaient devant les locaux de Radio libertaire. Ils défoncèrent la porte, saisirent le matériel. Les animateurs furent frappés et interpellés, le câble d’antenne et le pylône sectionnés. Ni la porte blindée, ni les nombreux auditeurs présents, ne purent empêcher la saisie de notre radio. Les socialistes, alors au pouvoir avec leurs alliés du PCF, n’avaient certainement pas mesuré à sa juste valeur notre détermination, et encore moins la solidarité que nous témoignaient des milliers d’auditeurs depuis deux ans. Deux ans durant lesquels s’étaient construits, jour après jour, des liens amicaux et solides entre Radio libertaire et son auditoire. La riposte fut immédiate. Et impressionnante. Son aspect le plus important se traduisit, le 3 septembre 1983, par une manifestation de 5 000 personnes et la réémission de Radio libertaire. Les moments intenses et chaleureux furent si nombreux, les rebondissements si fréquents qu’il est impossible d’en rendre compte dans un article [2] : les galas, les brouillages des « radios-fric », les démêlés avec le pouvoir, l’obtention de la dérogation, les manifestations... on pourrait dresser, à travers ces événements, la chronologie des dates importantes de l’histoire de Radio libertaire.

Le plus important, en réalité, ne peut vraiment s’écrire. C’est l’histoire quotidienne et collective de Radio libertaire, dont nous détenons tous, auditeurs et animateurs, des parcelles. Ce sont ces dizaines de milliers d’heures d’antenne, de communications téléphoniques, qui suscitèrent courriers, échanges et rencontres. Radio libertaire s’est construite avec le temps. Chacun y amena sa pierre : sa voix, son savoir, sa compétence, son énergie. Radio libertaire, c’est aussi cet auditeur qui amène un micro (« Ça peut vous servir. ») ; cet autre qui laisse sa carte de visite (« Je suis électricien, si vous avez besoin... ») ; cette retraitée (« Je suis malade, et vous savez ma retraite est maigre... mais passez manger un jour. ») ; ce non-voyant qui, grâce aux petites annonces d’entraide, réussit à partir faire du tandem à la campagne avec une jeune fille... et ramène des fleurs au siège de la radio ; ce sont toutes ces lettres qui arrivent au 145, rue Amelot pour soutenir, poser une question, encourager, suggérer, informer, critiquer. Ce sont, lorsque s’expriment une revue, une association, un individu, un syndicat, la Fédération anarchiste, ces téléphones qu’on s’échange, ces rendez-vous qu’on se fixe, ces réseaux qui se créent et se renforcent. L’identité culturelle de la station s’est construite avec le temps.

Les premiers animateurs amenèrent leurs disques au studio et firent connaître à des milliers de personnes des artistes comme Debronckart, Fanon, Servat, Gribouille, Jonas, Utgé-Royo, Aurenche, Capart et beaucoup d’autres. En 1982 arrivait tout naturellement sur nos ondes une autre musique que l’on écoutait dans les squatts, en marge du système : le rock alternatif. Puis d’autres musiques trouvèrent tout aussi naturellement leur place sur Radio libertaire : le jazz, le blues, le folk, les musiques industrielles, le rap, le reggae. De toute évidence, d’autres artistes rencontrèrent la radio qui s’ouvrit à de nombreuses formes d’expressions : BD, arts plastiques, théâtre, littérature, cinéma... Radio de la Fédération anarchiste, Radio libertaire a néanmoins ouvert d’abord, et tout de suite, ses micros à ses amis : anarcho-syndicalistes de la CNT ou d’autres syndicats, Libre Pensée, Union pacifiste, les espérantistes, la Ligue des droits de l’Homme. Et là aussi, c’est dans la réalité quotidienne, dans les luttes et les rencontres, que s’est forgée l’ouverture toute naturelle de Radio libertaire envers le mouvement social : travailleurs en grève, chômeurs, mal-logés, squatters, anti-racistes, écolos, réfractaires, exilés, taulards...

Surviennent des crises, et le travail quotidien de Radio libertaire est bouleversé par l’exigence du moment. C’est le mouvement étudiant de 1986, et Radio libertaire devient la radio du mouvement : reportages dans les rues, tables rondes dans le studio, antenne ouverte pour témoigner des violences policières, agit’prop permanente. Éclate la guerre du Golfe, et Radio libertaire devient la radio des « anti-guerre », écoutant tous RL, qui, heure par heure, annonçait manifs, meetings, réunions des comités de quartier, tout en proposant débats et analyses. Tout aussi naturellement, c’est dans ces moments chauds que Radio libertaire trouve sa vraie dimension de radio de lutte. Radio libertaire, c’est aussi mille raisons pour les auditeurs de pester, rager, protester contre les imperfections techniques ou des propos que l’on juge incongrus, provocateurs, trop réformistes ou trop radicaux. Mais c’est surtout, nous l’espérons, des raisons de découvrir le plaisir du débat, de la lutte et des idées libertaires. Des coups de gueule... des coups de cœur... Et c’est tant mieux ! Dans un monde marchand, déshumanisé, spectaculaire, où le capitalisme triomphant écrase les hommes et les femmes, où la pensée, à l’image de l’économie, s’uniformise et se mondialise, Radio libertaire, avec ses forces et faiblesses, ses défauts et qualités, n’apparaît-elle pas pour ce qu’elle est : humaine... tout simplement humaine ?

Laurent Fouillard


[1] Radio libertaire émettait alors de 18 h à 22 h, sur 89.6 Mhz.

[2] Le livre intitulé Radio libertaire, la voix sans maître par Yves Peyraut, et édité aux éditions du Monde libertaire, est malheureusement aujourd’hui épuisé.

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